Jusqu’où peut aller l’intelligence artificielle en magasin ?

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Analyse après les décisions de la CNIL sur deux cas d’utilisation

L’utilisation de l’intelligence artificielle en magasin n’en est qu’à ses débuts, mais pourrait transformer en profondeur le secteur du commerce. De la gestion des stocks à l’optimisation des parcours clients, elle s’impose comme un levier majeur d’innovation. Mais lorsque ces technologies touchent aux données personnelles, une question essentielle se pose : jusqu’où peut-on aller sans franchir les lignes rouges.

Les récentes décisions de la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) d’autoriser certains dispositifs (caisses automatiques) et de les interdire (dans les bureaux de tabac) apportent un éclairage précis sur cette frontière. 

L’IA en magasin : des promesses séduisantes

En point de vente, les cas d’usage de l’IA se multiplient. Elle permet par exemple de prévoir les niveaux de stocks en fonction de la météo ou des tendances de consommation, d’identifier les ruptures en rayon, d’ajuster la consommation énergétique des équipements ou encore de fluidifier les parcours clients et accélère le passage en caisse.

Certaines enseignes ont même équipé leurs caisses automatiques de caméras dotées d’IA, capables d’analyser en temps réel les gestes des clients et la position des produits. L’objectif : détecter automatiquement les oublis ou tentatives de vol et déclencher si nécessaire une alerte pour appeler un employé.

Ces usages, en apparence strictement fonctionnels, posent néanmoins la question du traitement des données personnelles. Et c’est précisément là que la CNIL intervient.

Une ligne rouge franchie dans les bureaux de tabac

Si l’autorité de régulation avait autorisé de façon encadrée l’expérimentation de caméras intelligentes aux caisses automatiques avec un certain nombre de restrictions et recommandations, elle a récemment rejeté l’usage d’un autre dispositif : des caméras implantées dans des bureaux de tabac pour estimer, via un algorithme, l’âge des clients.

L’objectif de ces caméras était de déterminer si une personne était majeure ou non, avant la vente de produits interdits aux mineurs. Mais la CNIL a estimé que l’estimation proposée par ces dispositifs était incertaine, sujette à erreur et qu’elle ne pouvait se substituer à la vérification d’un justificatif d’identité. Le recours à une technologie aussi intrusive n’était ni nécessaire ni proportionné. Résultat : ces dispositifs ont été interdits.

Même lorsque les visages sont floutés, les personnes filmées peuvent être identifiées, soit par le croisement avec d’autres systèmes de vidéosurveillance, soit parce qu’une intervention humaine suit immédiatement la détection. C’est précisément ce type de dérive que le régulateur entend éviter.

Ce que dit la CNIL : encadrer l’innovation dès la conception

Cette décision rappelle un principe fondamental pour toutes les entreprises qui conçoivent ou déploient des outils numériques : la conformité ne peut être une simple étape finale. Elle doit être intégrée dès la conception du service ou du produit. 

La CNIL, rappelle que pour la protection des droits des personnes, les commerces se doivent de :

  • Justifier chaque usage de l’IA, en démontrant qu’aucune alternative moins intrusive n’est possible.
  • Tester en amont les dispositifs (efficacité, biais, perception client) avant tout déploiement.
  • Limiter la captation de données à ce qui est strictement nécessaire : dans le cas des caisses, par exemple, filmer uniquement la zone de scan, sans capter ni le visage ni la voix du client.
  • Documenter et sécuriser les traitements, conformément au RGPD, et informer clairement les utilisateurs concernés.
  • Traiter en temps réel les données, c’est-à-dire pas de stockage, pas de profilage.

Un enjeu de confiance, au-delà de la conformité

Au-delà du cadre légal, l’usage de l’IA en point de vente soulève une autre question, tout aussi stratégique : celle de la confiance. Une technologie perçue comme intrusive ou opaque peut altérer durablement la relation entre une marque et ses clients.

Intégrer la protection des données dans sa stratégie d’innovation, ce n’est pas simplement éviter des sanctions. C’est s’assurer que la technologie serve réellement son objectif, sans compromettre les droits fondamentaux des individus.

—oo—

L’intelligence artificielle utilisée dans les magasins n’est pas un problème en soi. C’est un outil encadré à utiliser dans une logique de responsabilité : 

  • C’est oui pour les caméras augmentées (à l’IA) aux caisses automatiques pour prévenir les vols.
  • C’est non pour les caméras augmentées (à l’IA) dans les bureaux de tabac pour estimer l’âge des clients.